Conservation de l'oasis de Ménchia
Conservation de l'oasis de Ménchia
1- Contexte et justifications du projet
1.1. Le contexte
Couvrant une superficie de 22 454 km2, soit 14% de la superficie du pays, la région de Nefzaoua (Gouvernorat de Kébili) appartient à la partie Sud-Ouest de la Tunisie. Caractérisée par un climat semi-désertique au Nord et autour de Chott El Jérid et désertique au centre et à l'extrême Sud, cette région a connu, sur le plan économique, au cours des dernières décennies une dynamique de développement basée essentiellement sur le secteur agricole qui occupe environ 34% de la population active (17% au niveau national). Grâce au contexte hydrogéologique, aux investissements publics (environ 500 Millions de Dinars entre 1982 et 2006) et aux efforts entrepris par les opérateurs privés, l’agriculture oasienne a enregistré durant les trente dernières années un saut qualitatif. La superficie des oasis a ainsi plus que doublé entre 1976 et 2002 pour atteindre en 2006 une superficie totale de 16417 ha et une production des dattes de 69 000 tonnes. Cette production qui représente 65% de la production nationale contribue avec 10 % des exportations agricoles de la Tunisie rapportant ainsi entre 60 et 70 MD par an soit 60 à 70 % de la valeur des exportations des dattes du pays.
Cependant, malgré les grands acquis enregistrés sur le plan socio-économique, l’écosystème oasien reste marqué sur le plan environnemental par la précarité et la fragilité. En effet, au vu des caractéristiques hydrogéologiques de la région de Nefzaoua, la situation se caractérise par une surexploitation des deux principales nappes (complexe terminal 205%% et du continental intercalaire 160 %) dont les principales causes restent essentiellement liées à l’extension des périmètres irrigués illicites qui ont enregistré entre 1987 et 2001 une augmentation des superficies estimées à 100%. Ces extensions incontrôlées des superficies et la forte consommation d’eau d’irrigation se sont traduites aussi par une dégradation croissante de la qualité de l’eau et la salinisation et l’hydromorphie des sols affectant notamment la productivité des oasis traditionnelles.
Au vu de la biodiversité, la région de Nefzaoua a connu au cours des dernières décennies une colonisation de la variété Déglet Nour de l’ensemble des oasis y compris celles les plus anciennes et ce au détriment des variétés communes et des espèces arboricoles locales. En effet, cette variété qui ne représentait que moins de 1% au début du siècle passé occupe aujourd’hui 76 % de la superficie des oasis et ce en raison de sa haute valeur marchande sur le marché national et international.
En définitif, cette dynamique de développement agricole, basée essentiellement sur la mobilisation des ressources naturelles (eau et sol), a incontestablement contribué d’une façon significative dans l’amélioration des conditions de vie de la population, notamment à travers l’amélioration des revenus et la création d’emploi. Néanmoins, compte tenu des principes et exigences du développement durable, les oasis de la région de Néfzaoua reste soumise à différentes contraintes d’ordre économiques, sociales et environnementales.
Compte tenue de la problématique des oasis de la région de Nefzaoua, notamment celle liées à la dégradation des sols et à la sauvegarde la biodiversité et en vue d’assurer une utilisation durable des ressources naturelles, le Fond pour l’Environnement Mondial, programme des micro-financements(FEM/PMF) et la GTZ dans le cadre de la mise en œuvre du programme d’action national de lutte contre la désertification (PANLCD) se proposent d’appuyer l’Association Locale de Développement de Souk Lahad (ALDS) pour initier un projet intégrée à titre pilote visant la conservation de la biodiversité et la protection des sols contre la dégradation dans l’oasis de Ménchia, délégation de Souk Lahad, Gouvernorat de Kébili.

1.2. Problématique de la zone du projet
Située à quelques centaines de mètres vers le coté Est de la localité de Souk Lahad, l’oasis de Ménchia couvre une superficie de 128 hectares détenues par 606 exploitants. Faisant partie du groupe des anciennes oasis de la zone, l’oasis de Ménchia compte 19770 pieds de palmier dattiers en production dont 65% constitués de la variété Déglet Nour. La taille moyenne de l’exploitation et de l’ordre de 0,28 ha avec un nombre moyen de parcelles de 1,75 par exploitant.
Le diagnostic participatif mené par la GTZ dans le cadre de l’élaboration du Plan d’Action Local de Lutte Contre la Désertification (PALLCD) de la zone Ségui-Ménchia a permis de révéler la problématique de l’oasis comme suit :

Sur le plan de la gestion des ressources naturelles :
- La présence d’un sol à texture sableuse avec une capacité de rétention en eau assez faible et une conductivité hydrique élevée. La teneur en matière organique est souvent négligeable (de l’ordre de 0,1%), et la fertilité chimique est généralement largement déficitaire.
- Les ressources en eau étaient assez limitées compte tenu de la crise de la nappe du complexe terminal. Pour combler ce déficit, le recours à la nappe du continental intercalaire a permis la création de deux forages en 1987 et 2006 totalisant un débit de 120 l/s avec une température respectivement de 70 et 45°C. La salinité est de l’ordre de 2.2 g/l. Bien que le niveau de mobilisation des ressources soit relativement satisfaisant par rapport à la demande, le pilotage de l’irrigation au niveau de la parcelle présente encore des insuffisances. En effet, la variabilité du tour d’eau d’une parcelle à l’autre, le régime d’exploitation adopté et les pertes d’eau causées essentiellement par la longueur des canaux en terre, constituent les principales contraintes pour une utilisation efficiente de l’eau.
- Au même titre que l’irrigation, le système de drainage qui constitue un facteur déterminent dans la productivité des terres dans les oasis, pose aussi de sérieux problèmes. Malgré la présence d’un réseau de drainage assez développé (10.000 mètres de drains à ciel ouvert et de 2.978 mètres de drains enterrés), l’oasis souffre d’une hydromorphie remarquable causée essentiellement par la remontée de la nappe et le disfonctionnement des drains en raison de la proximité de l’oasis de Ménchia du Chott et du manque d’entretien se traduisant par le développement rapide d’une très forte végétation halophyte caractéristique des sols salés.

Sur le plan agronomique :
- L’état actuel de l’oasis de Ménchia se caractérise par un faible taux d’intensification et de diversification des cultures et ce en raison de l’abandon des cultures à étages herbacés et arboricoles caractéristiques des oasis traditionnelles. Bien qu’ils disposent d’une tradition ancestrale et un riche savoir faire local dans l’agriculture oasienne traditionnelle, les agriculteurs de cette oasis ont été pendant longtemps confrontés à un important déficit en eau.
- La perte de la biodiversité de l’oasis à travers l’introduction de la variété Déglet Nour et la détérioration de la qualité des dattes se sont traduites par une baise de la productivité de l’activité agricole qui s’explique surtout par l’inadaptation de cette dernière variété aux conditions édaphiques de l’oasis de Ménchia qui reste caractérisée par la salinisation et l’hydromorphie des sols, le faible taux de matière organique, le morcellement des exploitations et le vieillissement des palmiers. En effet, les variétés communes des dattes qui représentent 36% parmi les palmiers productifs contre 4% seulement parmi les jeunes plantations montre bien la tendance vers la monoculture du dattier Déglet Nour au détriment de la biodiversité de l’oasis.
- Le rendement du palmier dattier dans l’oasis de Ménchia qui est d’une moyenne de 25 kg par pied reste trop faible comparé à celui de la région qui se situe autour de 60 Kg/pieds.
- Le retour aux cultures maraîchères et fourragères n’a pas été souvent favorisé à cause du déficit en eau, de l’organisation du tour d’eau et du manque de main d’œuvre.
- L’oasis de Ménchia dispose d’un important potentiel de sous-produits constitués surtout de dattes à valeur commerciale médiocre, des feuilles de palmiers et des déchets humides telles que les feuilles vertes et les spathes rejetées après la cueillette et le roseau des drains. Face à la demande accrue et aux besoins importants en matière organique et le coût excessivement élevé du fumier, cette source de produits secondaires constitue une quantité importante de matière première pour la production du composte permettant d’améliorer la fertilité des sols.

1.3. Justifications du projet
En dépit des contraintes et problèmes auxquels se heurte le développement de l’oasis de Ménchia, celle-ci dispose d’atouts non négligeables pouvant, dans une perspective de durabilité améliorer la situation. Plusieurs raisons justifient le projet, il s’agit notamment de:
• Les possibilités importantes d’intensification agricoles moyennant la valorisation des ressources disponibles,
• Les opportunités de retour aux cultures des étages herbacés en vue de renforcer la biodiversité compte tenue des traditions ancestrales et de la richesse du savoir faire local encore existants,
• La présence d’un important potentiel de sous produits de l’oasis successibles d’être valorisés à travers le compostage permettant d’améliorer la fertilité des sols,
• La nécessité de mieux valoriser les acquis des investissements entrepris par l’Etat en matière d’infrastructure et d’équipements hydro-agricoles,

2 - Objectifs, résultats et activités du projet
2.1. Objectifs du projet
Au vu de la problématique de développement de l’oasis de Ménchia trois principaux objectifs liés à la lutte contre la désertification sont assignés à ce projet:
1. Améliorer la productivité des sols,
2. Renforcer la conservation de la biodiversité de l’oasis
3. Améliorer l’utilisation efficiente des ressources en eau

2.2 Activités et résultats du projet
Résultat 1 : La fertilité des terres est améliorée à travers la valorisation des sous-produits de l’oasis par la production de compost
Activité 1.1- Elaborer une étude sur la mise en place de la station de compostage (Analyse des potentialités des sous-produits disponibles, détermination de la capacité de production, superficie du terrain, matériels adéquats, coût estimatif, programme d’appui au fonctionnement…) et restituer ses résultats aux agriculteurs
Activité 1.2- Aménager la station de compostage et installer le matériel
Activité 1.3- Faire fonctionner la station de compostage
Activité 1.4- Accompagner le fonctionnement de la station de compostage, et le documenter
Activité 1.5- Normaliser le composte produit
Activité 1.6- Organiser une campagne d’information et de sensibilisation au profit bénéficiaires
Activité 1.7- Amender le sol par la matière organique (compost) et le sable, si nécessaire, sur des parcelles destinées aux cultures maraîchères et fourragères,
Activité 1.8- Travailler le sol selon les exigences des cultures à pratiquer
Activité 1.9- Suivre, évaluer les résultats du test à travers la perception du groupe cible, et les documenter
Activité 1.10- Elaborer sur la base des résultats du test une stratégie de production et de marketing à grande échelle prenant en compte la durabilité de l’opération, et la restituer en atelier
Résultats 2 : Le système de drainage est amélioré en vue de limiter la salinisation et l’hydromorphie des sols
Activité 2.1- Identifier les bénéficiaires du projet sur la base d’un certain nombre de critères à établir en commun accord avec les acteurs concernés (GDA, ALDS, CRDA…)
Activité 2.2- Délimiter la superficie du champ d’intervention du projet et les propriétés des bénéficiaires identifiés,
Activité 2.3- Analyser avec la participation des bénéficiaires et des institutions concernées (CRDA, GDA) le fonctionnement actuel du système de drainage,
Activité 2.4 Faciliter les négociations entre les différents intervenants sur la contribution de chacun dans la mise en œuvre des actions d’amélioration du système de drainage,
Activité 2.5- Mettre en oeuvre des actions d’amélioration du système de drainage,
Activité 2.6- Suivre et évaluer l’hydromorphie et la salinité du sol
Résultat 3 : La biodiversité est renforcée à travers la promotion des variétés locales.
Activité 3.1 : Informer et sensibiliser les agriculteurs sur la nécessité de réintroduire le système à trois étages
Activité 3.2. Identifier les agriculteurs favorables à la réintroduction du système à trois étages
Activité 3.3. : Identifier avec les agriculteurs concernés les variétés commues du palmier dattier, les espèces arboricoles, maraîchères et fourragères à réintroduire dans l’oasis
Activités 3.4. : Acquérir et planter les plants et les semences choisis
Activités 3.5 : Suivre et évaluer la conduite des cultures semées et des espèces arboricoles plantées
Résultat 4 : La participation des usagers dans l’utilisation efficiente des ressources en eau est améliorée
Activité 4.1. : Analyser la participation des usagers dans la gestion des systèmes actuels d’irrigation et de drainage et proposer les améliorations nécessaires dans une perspective d’utilisation efficiente des ressources en eau
Activité 4.2. : Améliorer la contribution des usagers dans la gestion du réseau de drainage sur la base des résultats de l’analyse
Activité 4.3 : Chercher avec la participation des bénéficiaires et des institutions concernées (CRDA, GDA) les solutions adéquates pour améliorer le système d’irrigation à la parcelle
Activité 4.4. : Informer et sensibiliser les usagers sur les méthodes d’amélioration des systèmes d’irrigation et de drainage
Activité 4.5. : Suivre et évaluer l’impact de l’amélioration des systèmes de drainage et d’irrigation
Résultat 5 : Les capacités institutionnelles de l’association et du GDA sont développées
Activité 5.1 : Doter l’ALDS et le GDA d’un plan de développement institutionnel selon leurs attributions et activités à assurer
Activité 5.2 : Doter l’ALDS de personnel permanent pour le conseil technique et la conduite du projet
Activité 5-3 : Renforcer les capacités des membres de l’ALDS et du GDA de leurs personnels permanents en matière de gestion administrative et financière, de communication et de travail en équipe
Activité 5.4- Former le personnel chargé de la gestion de la station de compostage,
Résultat 6 : La gestion du projet est assurée d’une façon participative
Activité 6.1 : Organiser un atelier de lancement du projet
Activité 6.2 : Documenter les activités du projet et leurs résultats
Activité 6.3 : Organiser des visites d’échange d’expérience avec d’autres organisations de base
Activité 6.4 : Organiser un atelier mi-parcours du projet
Activité 6.5 : Organiser un atelier d’évaluation et d’échange d’expériences après achèvement du projet
Activité 6.6 : Documentation du projet


 
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Project Snapshot

Grantee:
Association locale de développement de Souk Lahad
Country:
Tunisia
Area Of Work:
Biodiversity
Land Degradation
Grant Amount:
US$ 44,000.00
Co-Financing Cash:
US$ 68,000.00
Co-Financing in-Kind:
US$ 28,000.00
Project Number:
TUN/SGP/OP4/CORE/08/02
Status:
Satisfactorily Completed

Photo Gallery

Partnership

Fonds de Coopération Suisse, GTZ

SGP Country office contact

Ezzeddine Ferchichi

Address

UNDP TUNISIA/ Immeuble Prestige
Lac I, Tunis, 1053